松尾大社の神幸際 – Matsuo-taisha no Shinkôsai

Je vous parlais un peu plus tôt du sanctuaire shintô de Matsuo-taisha qui apparaîssait dans une scène de Miyako Odori. Je m’y suis rendue pour la première fois il y a peu, à l’occasion de Shinkôsai, une des principales
matsuri ( 祭り – fête populaire) du sanctuaire. Cet évènement nous avait été chaudement recommandé par Nikki no Ojisan (« Monsieur Cannelle »), un personnage haut en couleurs rencontré à Gion et à qui nous sommes redevables de nous avoir dévoilé les meilleures informations sur les coutumes kyôtoïtes. Matsuo-taisha n’est pas « la porte d’à côté », c’est le moins qu’on puisse dire. Ma guest house se situe à l’est de la ville; le sanctuaire se trouve à l’extrémité ouest de Kyôto, dans la zone d’Arashiyama. Cette dernière vaut vraiment le détour, avec ses vieux temples, ses montagnes et sa vue pittoresque.

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Arashiyama en hiver

Nous nous sommes donc rendues avec Eléonore à Matsuo-taisha, où les festivités avaient déjà commencé. Comme il s’agissait de notre première visite, nous en avons profité pour faire le tour des lieux. Le sanctuaire, de taille respectable, aurait été fondé en 701. Il abrite trois jardins de styles différents, mais nous n’avons pas pu les voir, ayant préféré profiter de la fête. Je compte tout de même prendre le temps de les visiter car ils ont été conçus par le paysagiste Mirei Shigemori (1896 – 1975), sur qui on m’avait demandé de faire des recherches à l’occasion d’une cérémonie du thé se déroulant au  temple zen Kômyô-in. Soit dit en passant, je préfère le jardin sec du Kômyô-in à celui du célèbre Ryôan-ji. Revenons à Matsuo-taisha, dans l’enceinte duquel le printemps s’affichait dans l’abondance des yamabuki ( 山吹) en pleine floraison. Les yamabuki, ou corètes du Japon pour les francophones, sont des arbustes à jolies fleurs jaunes.

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Le torii d’entrée de Matsuo-taisha

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Corètes du Japon (yamabuki)

Sur ce, notre attention a été captivée par un attroupement d’hommes vêtus de blanc s’agitant et criant « Ho hisse! Ho hisse! » ( 「よいしょよいしょ~!」 – « Yoisho yoisho! »). Les stars de la fête de Shinkôsai sont six mikoshi ( 神輿), des chars portatifs supposés contenir l’esprit des divinités locales. Ceux de Matsuo-taisha étaient ma foi de belle taille: le plus lourd d’entre eux pesait près de deux tonnes! L’air fleurait bon la testostérone autour de ces hommes, des vrais de vrai, s’échinant à soulever les mikoshi géants. L’usage veut que le mikoshi principal (coiffé d’un phénix) effectue trois fois le tour de la scène sacrée de Matsuo-taisha. Il fallait voir la brave procession de porteurs, soufflant et ahanant, avancer en sautillant au son des grelots. Les chars étaient précédés d’éventails aux couleurs du Japon, des fois qu’on eut oublié quel était ce pays assez fantasque pour créer et perpétuer de telles traditions. Finalement, la procession se met en branle et quitte le sanctuaire (c’est d’ailleurs tout un casse-tête pour faire passer les chars par la grande porte).

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« Yoisho yoisho! »

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Autrefois l’intégralité du chemin se faisait en portant les chars sur les épaules

La route sera longue jusqu’à la rivière. Il fait chaud, encore plus lorsque l’on croule sous plusieurs tonnes de bois, d’étoffe et de métal. Certains porteurs dévoilent leur fundoshi ( 褌 – pagne). Les courageux participants sont autorisés à faire halte de temps à autre pour s’abreuver de saké fabriqué à Matsuo-taisha. Derrière eux, passants et enfants joignent la procession avec entrain. Nous passons devant la villa impériale de Katsura. Enfin nous atteignons la rivière. Sur les deux berges et au dessus du pont s’enthousiasme une foule impressionnante. Au cours de ce festival un peu rare, les chars sont hissés sur des embarcations qui les amènent de l’autre côté de la rivière. La mise à flots est périlleuse: il s’agit pour les porteurs de ne pas glisser lamentablement dans la boue, ce qui vouerait le char à un destin peu enviable. Mais le saké aidant (à moins qu’il n’y ait pas eu assez?), nos vaillants porteurs ont pu mener à bien leur mission. La vue des mikoshi traversant le cours d’eau est tout à fait reposante.

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Le fundoshi, pagne traditionnel souvent porté pendant les matsuri

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Le mikoshi est mis à flots

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Vers l’autre rive

Les chars (et les divinités qu’ils contiennent) seront menés à un nouveau sanctuaire. Dans trois semaines, ils retourneront à Matsuo-taisha au cours d’une cérémonie nommée Kankôsai ( 還幸祭).



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